Notre humanité face à la guerre

Notre humanité face à la guerre

Au cours de mes recherches, je tombai sur le titre d’une conférence réalisée dans le cadre de la journée du droit international public de 2012 : « Le droit international humanitaire ou l’ambition d’humaniser la guerre ». Interpellée par ce qui m’apparaît comme le pire oxymore qui puisse exister, je retrouvais cette expression maladroite à plusieurs reprises.

On en comprend le sens, car le droit international humanitaire (DIH) vise à introduire un peu d’humanité au milieu des hostilités, en limitant les moyens et les méthodes de faire la guerre et en protégeant les personnes ne participant pas ou plus au conflit. Humanitaire se réfère d’ailleurs à des préoccupations humaines, à ce qui vise au bien, á l’amélioration de la condition des hommes. Considérant la guerre comme inhérente à la nature humaine, le politique suisse Didier Burkhalter estime que « [l]e droit humanitaire, c’est le réalisme sans la désillusion », la guerre étant un phénomène inéluctable qu’il convient de réguler. Selon ses propos, « [cette] ambition de la soumettre au droit pour assurer le respect d’un minimum d’humanité lorsqu’elle survient, est tout simplement logique et je dirais ‘humaine’ ».

Toutefois, si en effet ce désir de limiter les conséquences des conflits, soit le DIH, découle d’une préoccupation humaine et a « vocation d’assurer un minimum de garanties et d’humanité à tous les hommes » (Meurant, Jacques (s.d.), « Approche interculturelle et droit international humanitaire », pp 214-236), cela ne revient pas à dire que la guerre en devient plus humaine.

 « En vérité », souligne Meurant, « l’idée d’‘humaniser’ la guerre prête à confusion ». En ce sens, lors de la Conférence de la Haye en 1907 visant à établir les règles encadrant la guerre, le représentant britannique Sir John Fisher déclara : « humaniser la guerre, c’est comme si on voulait humaniser l’enfer ».

Humaniser signifie rendre plus humain. Or, si l’on peut considérer la guerre comme un phénomène humain car menée par les Hommes, voire ayant trait à l’être humain pour certains (ce point étant discutable), elle ne peut être associée aux valeurs humaines, humanistes. Ces valeurs mêmes qui poussent à l’encadrer à défaut de pouvoir l’empêcher, synonymes d’une sensibilité. Le phénomène de la guerre en soi ne devient pas plus humain pour être soumis à des lois qui en atténuent ses conséquences et limitent son champ d’action. Comme le dit Meurant, « [i]l serait [donc] plus approprié de parler de ‘limiter les maux de la guerre’ et ‘d’atténuer les effets des hostilités’ ».

Une guerre qui pourrait être qualifiée d’humaine n’existe pas et représenterait une contradiction en soi, un antonyme dans sa propre expression. Les actes de violence, l’emploi d’armes contre ses semblables manifestent une négation de l’humanité de l’autre, alors que notre propre humanité nous pousserait à éprouver de l’empathie et à résoudre nos différends par d’autres moyens. Dire que l’on humanise la guerre sous-tend une ambigüité qui porterait à la rendre acceptable car encadrée.

Cependant, malgré ces expressions, la banalisation de la violence et de certains conflits dans les médias, il faut refuser de considérer que la guerre puisse être l’objet d’euphémismes, apparaître comme acceptable, voire même inéluctable. La guerre n’est pas une fatalité.

« Il s’agit de réguler le commerce mondial des armes afin que celui-ci cesse de fournir des moyens de perpétrer des crimes contre l’humanité et de soutenir des dictatures ». Mais, en plus d’en supprimer les moyens, il est nécessaire de supprimer les bénéfices que la guerre peut procurer.

imgLa carte ci-dessus illustre par exemple le poids économique que représentent les ventes d’armes pour les principaux pays exportateurs.

Si l’on trouve de l’argent pour tuer, on peut en trouver pour aider. Une réallocation des ressources de l’industrie de la guerre vers les différents domaines de la sécurité humaine est essentielle.

La guerre défie notre humanité. Loin d’être hors de notre portée, nous pouvons tous participer de la création des conditions de la paix, ce qui en appelle à l’humanité, à l’empathie de chacun d’entre nous. Cela passe par notre attitude vis à vis des autres, au quotidien, par des efforts de compréhension et de respect mutuels. Nous avons tous un travail à faire sur nous-mêmes, et ce sont ces révolutions individuelles, personnelles qui constituent la clé d’un réel changement au niveau mondial.

«  Sois le changement que tu souhaites voir dans le monde » (Gandhi).

About Canelle Kraft

Canelle Kraft (Strasbourg, 1989) - Jeune française vivant au Portugal, a conclu trois ans à l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg, puis un Master en Relations Internationales, spécialisation Relations Diplomatiques et Coopération à l’ISCSP (Université Technique de Lisbonne). Elle a suivi deux formations de l’UNITAR sur les Opérations de Peacekeeping de l’ONU ainsi que sur l’introduction à la réforme du secteur de sécurité et réalise actuellement un Diplôme Universitaire en Droit International Humanitaire (Institut du Droit de la Paix et du Développement - Nice, Institut International de Droit humanitaire - San Remo). Elle est également traductrice indépendante (français, portugais, anglais) et donne des cours de français.

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